Promenade « Les peintres russes à Veules-les-Roses » – 14 points d’arrêt – 19 tableaux

Les falaises d’amont (tableau 6)

Tableau

Ilia Repine. Le bord de mer à Veules, 1874, huile sur toile, 29x43 cm, Musée de l’Académie des Beaux-Arts, Saint-Pétersbourg.

De part et d’autre d’une petite plage, une véritable « muraille de craie » s’étend sur 120 km. Les formes grandioses, uniques, de cette œuvre de la nature sculptée dans la craie et le silex passionnent les peintres. Alexeï Bogolioubov le premier, Ilia Repine et Vassily Polenov ensuite, ont tenté de se mesurer à cette création.

À Veules, Repine, qui est pourtant un peintre d’histoire et de genre, est tellement gagné, possédé par la beauté majestueuse de la mer et des falaises, qu’il se transforme en quelque temps en paysagiste et peint de pures marines, ce qui n’était pas, jusqu’alors, à la portée de son œuvre. Cette étude représentant les falaises caractéristiques du pays de Caux avait sans doute pour Repine une valeur sentimentale. Il la gardera toujours auprès de lui ; elle est accrochée dans sa demeure Les Pénates au bord du golfe de Finlande, près de Saint-Pétersbourg, transformée en musée. Repine a représenté les falaises d’aval, vers Varangéville, à marée haute ; la plage est entièrement recouverte d’eau.

Les mois passés dans ce village tranquille, à la fois à la campagne et au bord de la mer, joueront un rôle important dans l’évolution de la carrière artistique d’Ilia Repine. Plusieurs de ses lettres adressées de Veules à ses amis en Russie témoignent de son enchantement vis-à-vis de la nature normande et de sa satisfaction dans ses progrès en peinture. Nous ne voudrions pas manquer l’occasion d’en citer quelques-unes, tant elles sont enthousiastes et flatteuses pour Veules : « Je ne puis réfréner mon enthousiasme ! Que c’est beau, Veules ! C’est un lieu magnifique ! […] Notre appartement est tout à fait charmant ! La rivière à l’eau de source, les arbres, la verdure et ce bruit apaisant des moulins […] sont comme dans un conte. Et la mer ! miraculeux ! Non, je n’aurais pas changé dix Italie avec Naples pour ce coin […] Dès le premier matin, je me suis enfoncé dans un champ : la terre était humide de rosée ; les grands épis de blé me cachaient l’horizon ; seuls dans un ciel grisâtre, bleu foncé, couraient de petits moutons blancs et un sentier tout parsemé de fleurs des champs […] Passer un été ici vaut vraiment la peine. […] Je me suis plongé dans Gogol, et je n’en ai jamais retiré un tel plaisir, spécialement de ses petits récits ukrainiens ; à ce propos, la nature ici ressemble tellement à la nôtre, à celle d’Ukraine. »

C’est tout naturellement ici que Repine peint pour la première fois en plein air et c’est là qu’il acquiert une technique de peinture plus libre, aux coloris plus clairs.

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