Promenade « Les peintres russes à Veules-les-Roses » – 14 points d’arrêt – 19 tableaux

La plage (tableau 2)


Alexeï Bogolioubov. Veules, 1887, huile sur bois, 17,7x27 cm, Musée des Beaux-Arts A. Radichtchev, Saratov.

C’est Alexeï Bogolioubov (1824–1895) qui découvrira la Normandie et Veules en 1857 et y amènera ensuite toute une pléiade d’artistes russes. Avec lui, la Normandie deviendra pour les jeunes peintres venus de Saint-Pétersbourg une véritable école de plein air et de paysage. Le destin d’Alexeï Bogolioubov est extraordinaire. « Peintre marin », comme il s’est lui-même fait appeler dans ses mémoires, il se passionne d’abord pour la mer et étudie au Corps des Cadets de la Marine de Saint-Pétersbourg. Mais en se découvrant à l’âge de vingt-cinq ans un talent pour le dessin et la peinture, il décide d’entrer, en 1850, à l’Académie des Beaux-Arts. Il y fait des progrès rapides et considérables, car quatre ans après, son travail est récompensé par la grande médaille d’or.

En 1856, il s’installe à Paris, d’abord provisoirement jusqu’à 1860, puis définitivement à partir de 1872. Pendant les quatre premières années de sa vie à Paris, séjournant encore en France en qualité de boursier (pensionnaire) de l’Académie Impériale, Bogolioubov fréquente l’atelier de Thomas Couture, puis celui d’Eugène Isabey, qui devient son professeur. C’est d’ailleurs Isabey qui fera découvrir à Bogolioubov et à ses camarades la Normandie et Veules-les-Roses. (Isabey lui-même était installé à Varengeville-sur-Mer.) « Isabey m’indiqua deux endroits [en Normandie, notamment Veules], écrit Bogolioubov, où je passai tout l’été et une bonne partie de l’automne avec mes camarades. Nous y vivions chichement, à trois francs par jour, et joyeusement. Mais nous travaillions très sérieusement », écrit Bogolioubov dans ses Notes d’un peintre marin. Dès lors, la Normandie devient la destination préférée de Bogolioubov, il la peindra à de nombreuses reprises. La côte normande attire Bogolioubov par la présence de la mer et du ciel, souvent bas et immense, par ses couleurs gris perle et cette atmosphère humide, proche de celle de Saint-Pétersbourg, par cette lumière si particulière et ses variations au gré des marées. Il faudrait ajouter à ce côté artistique un aspect pratique : se déplacer en Normandie était simple et pratique grâce au chemin de fer du Havre, et Bogolioubov était un passionné de trains.

Le style de Bogolioubov est très proche de peintres de plein air, les précurseurs des impressionnistes, comme Boudin ou Jongkind. Ils peignaient dans les mêmes lieux, fréquentaient la Ferme Saint-Siméon et ont sûrement dû se croiser. N’oublions pas qu’Eugène Boudin fut aussi élève d’Isabey.

Cette petite étude de la plage à Veules par Bogolioubov : une dame à chapeau, somptueusement habillée, assise sur une chaise de façon nonchalante, et deux autres femmes qui peignent vues de dos, un groupe de vacanciers qui discutent près des cabines de plage, deux messieurs, l’un debout, l’autre assis sur le sable auprès de lui, tous deux regardant la mer, s’inscrit parfaitement dans l’esprit de Boudin ! (voir : Eugène Boudin ; Dame en blanc sur la plage de Trouville. Musée André Malraux, Le Havre) À l’instar de son confrère français, le peintre russe parcourt la côte normande. Rien n’échappe à son œil observateur : ni les cabines de plage blanche à rayures, ni les planches de bois posé à même le sable, ni les petites chaises pliantes des artistes, de femmes de surcroît (!). Sur une note plus personnelle et biographique, la dame au premier plan rappelle la silhouette d’Élisabeth Chivre, la fidèle campagne et amie de Bogolioubov.

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