Promenade « Les peintres russes à Veules-les-Roses » – 14 points d’arrêt – 19 tableaux

La plage (tableau 1)


Ilia Repine. Le cheval pour ramasser les galets à Veules, 1874, huile sur toile, 23x44 cm, Musée Radichtchev, Saratov.

« C’est un coin de bord de mer, très bien peint, avec au premier plan un cheval blanc, une petite campagne et des silhouettes de vacanciers vus de loin sur la plage […] Au sens pictural, c’est un grand pas pour Repine », écrivait Igor Grabar, lui-même peintre paysagiste du courant impressionniste. Alors pourquoi en effet est-ce un « grand progrès » pour Ilia Repine, fraîchement débarqué dans cette campagne normande depuis Paris et résidant en France moins d’un an encore ?

Que représente-t-il, ce petit tableau ? La plage normande couverte des galets, encore à marée basse, la mer légèrement agitée qui commence petit à petit à couvrir une partie du sable, quelques silhouettes de vacanciers, à peine esquissées, les maisons et les falaises blanches en arrière-plan. Au milieu de ce paysage paisible et ensoleillé, un cheval blanc, robuste, couvert d’ustensiles pour ramasser les galets. Sur le corps du cheval, sous l’effet du soleil, toute une gamme de nuances de blanc se déploie. L’ombre du cheval sur la plage est colorée, elle n’est pas noire, mais bleu foncé. Décidément, Repine absorbe très vite toutes les nouveautés picturales (n’oublions pas que la première exposition dite « impressionniste » eut lieu seulement en avril de la même année) !

Repine, conquis et enchanté par Paris, par « son goût, sa grâce, sa légèreté, sa rapidité et ce raffinement subtil dans la simplicité », vient à Veules en juin 1874 à la recherche d’impressions spontanées et de travail en plein air. Son séjour veulais ne dure pas plus de deux mois, mais il est considéré par l’artiste comme sa « troisième leçon » de peinture, les deux premières étant en Russie.

Remarquons que ce cheval blanc est devenu la véritable « star » de l’année 1874 ! En effet, il fut un « personnage » typique des plages normandes. Il figure également sur la toile d’Alexeï Bogolioubov, un autre artiste russe enchanté par la Normandie. Le peintre Vassily Polenov, ami de Repine, le représente avec un mur blanc en arrière-plan (1874, huile sur toile, 24,7x30 cm, Musée-réserve mémorial d’histoire et d’art V. D. Polenov, Polenovo). Le jeu d’ombres et de lumières transforme le mur en matière vivante, composée de taches de couleurs claires. C’est une étude fraîche, ensoleillée, très impressionniste. Une approche impressionniste, la découverte de la peinture en plein air, voici le but de ces artistes venus en cet été 1874 à Veules-les-Roses !

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